Dans le café de la jeunesse perdue, P. Modiano

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Ce roman déborde du poids du passé, des vies qu’on veut laisser derrière soi et de la difficulté à s’en échapper tout à fait. Je le conseille pour son ambiance opaque qui pèse lourd sur les épaules, faite de passé, de mystère et de mystique.

De Louki, qui n’est qu’un surnom, on ne sait que des faits : son nom, ses fréquentations, les lieux qu’elle emprunte, son âge, quelques détails sur son apparence… Roman à quatre voix, le livre de Patrick Modiano dépeint la jeune fille à travers d’autres yeux que les siens : un étudiant rencontré dans un bar, un détective contacté par le mari désespéré qu’elle a quitté, et un amant. Et puis au centre du livre, on a le point de vue de Louki elle-même. Qu’apprend-on de cette plongée en son être ? Qu’elle a peur, qu’elle fugue le soir, « vagabondages de mineure », qu’elle n’a pas de père, qu’elle a été refusée dans une école, qu’elle boit et se drogue parfois. Troublante, mystérieuse et sans attache, elle est à la fois d’une discrétion et d’une timidité infinies, et pourtant elle semble intriguer ceux qui l’entourent. Elle marque par son absence. Sa discrétion crée autour d’elle une sorte d’aura. Elle est impénétrable : même quand elle boit, elle tient si bien l’alcool qu’il n’y a pas d’altération de son état normal, aucune percée au fond d’elle. Louki est émouvante. Elle est difficile à comprendre. Et pourtant, je me reconnais en elle. La stabilité semble l’effrayer. Se dire que les choses ont de toute manière une fin, avoir peur de cette fin, mais être soi-même à l’origine de la rupture… Elle semble toujours en train de fuir. Enfant, elle fugue de chez elle. Mariée, elle quitte son mari sans explications. La fin du livre est une ouverture, ou une sortie. Elle a cherché toute sa vie à s’échapper, changeant d’adresse, de bar, de quartier, d’amant, d’amis, sans finalement rassasier cet appétit de fuite qui au fond, n’est qu’une fuite en dehors d’elle-même. Mais s’il y a bien une chose dont on ne peut se séparer, c’est de soi-même.

Ce livre m’a fait ressentir, a provoqué en moi des émotions diverses et contradictoires, m’a fait voyager dans les ruelles du Paris des années 60, a fait naître un questionnement sur les thèmes de la fuite et du passé. Il fait partie de ces roman qu’il faudrait déjà relire pour en saisir les infimes rouages. Il s’agissait de mon premier Modiano, et je souhaiterais désormais approfondir son univers afin de saisir les indices qu’il laisse traîner dans ses pages sur la vie, sur le temps et les choses, et, peut-être, afin de comprendre un peu mieux ce qui se trame dans la tête de Louki – c’est-à-dire dans la tête de Modiano.

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2 commentaires sur “Dans le café de la jeunesse perdue, P. Modiano

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    1. Moi aussi, il écrit très simplement mais arrive tout de suite à nous plonger dans une atmosphère lourde et mystérieuse, c’est très agréable 🙂

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