Le vieux qui lisait des romans d’amour, L. Sepúlveda

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El Idilio est un petit village isolé en bordure de l’Amazonie, où vivent chichement une poignée d’habitants. Le livre s’ouvre sur la consultation bi-annuelle du dentiste pour les villageois, amené sur El Idilio par bateau tous les 6 mois afin d’arracher quelques dents et vendre des dentiers. Ce même bateau fournit également des provisions de nourriture. Dès les premières pages donc, on comprend l’isolement dans lequel vivent les habitants. Eux sont isolés et voyagent rarement en dehors du village, mais nombreux sont les étrangers qui viennent se risquer par ici. Les terres d’Amazonie sont exotiques et attrayantes, ainsi, colons ou chercheurs d’or n’hésitent pas à explorer et faire du business dans la région.
Le maire d’El Idilio est un personnage qui ne peut s’empêcher de susciter la haine, autant chez les habitants que chez le lecteur. Il semble obnubilé par sa petite personne et ne manque jamais une occasion de se remplir les poches. Obtus, matérialiste, il incarne la caricature d’une société moderne qui piétine allègrement le monde sans considération pour la nature qui l’entoure. Puisque le roman de Luis Sepúlveda, c’est cela : un constat, un regret, un cri de révolte contre la barbarie des hommes. C’est en tout cas le cri que l’on entend vibrer au dessous de l’histoire, à première vue plaisante et dépaysante, du Vieux qui lisait des romans d’amour. Ce vieux, c’est le personnage principal de l’histoire. Il a vécu quelques temps avec les Shuars, une tribu aborigène d’Amazonie. De cette vie partagée, il en a tiré des talents de chasseurs et une parfaite connaissance de la forêt. « Connaître », cela n’implique pas seulement la géographie des lieux, ce à quoi se limitent souvent les hommes de la ville : il s’agit aussi des habitudes, des humeurs, des murmures et des variations de la nature. Parce que la forêt est vivante et répond toujours quand on l’attaque. Lorsque l’on voyage dans un pays étranger, il faut s’adapter aux habitudes locales et aux traditions pour ne pas froisser voire révolter la population, et il doit en être de même pour les terres de l’Amazonie.

En ce moment, j’ai l’impression de toujours lire ou entendre la même histoire, mais d’une autre manière. Dans la pièce de théâtre Le radeau de la méduse (au Théâtre de l’Odéon jusqu’au 30 juin), l’un des personnages principaux se retrouve confronté, exactement comme le vieux du roman de Sepúlveda, à la violence inouïe du monde. Et aucun des deux ne la comprend, ni ne peut s’y résoudre. Alors, chacun à leur manière, chacun avec leur sensibilité, ils trouvent un moyen d’y échapper : pour le vieux, ce sont ses romans d’amour. Ainsi, Sepúlveda donne à la littérature un grand pouvoir : celui d’être une échappatoire, une solution à la folie du monde.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman au style limpide et non dépourvu de quelques notes d’humour. Il m’a fait voyager sur les terres de l’Amazonie et réfléchir à l’importance de respecter la Terre sur laquelle on vit. Ce respect ne peut se faire que par « des savoirs et un savoir-faire », comme l’écrit Pierre Lepape dans la préface, d’où l’importance, et peut-être même le devoir, de s’informer par soi-même.

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